JO2024, pourquoi la Bretagne est-elle une terre de kayak?
Trois des quatre sélectionnés olympiques, en slalom, Nicolas Gestin, Titouan Castryck et Camille Prigent ont au moins un point en commun : ils sont Bretons ! Même si la région n’est pas réputée pour ses eaux vives montagneuses, la Bretagne est pourvoyeuse de pagayeurs. Explications alors que les Jeux olympiques de Paris 2024 démarrent.
Les Bretons rament fort. À tel point qu’ils sont trois sur quatre slalomeurs à participer aux JO. La quatrième du collectif, Marjorie Delassus, est Savoyarde. Comment la Bretagne a-t-elle réussi à former des kayakistes loin des eaux vives montagneuses ? Et devenir la première région de France en nombre de licenciés ? « C’est un sport historique en Bretagne, il y a 5 000 pratiquants des sports de pagaie alors qu’on n’a pas de montagne ! »,plaisante le maire de Cesson-Sévigné qui vient de rénover le stade d’eaux vives pour 4,5 millions d’euros. « C’est justement un atout pour les pagayeurs bretons de ramer à la fois en rivière, en mer, en stade d’eaux vives… »,rebondit Gwenaël Marquer, entraîneur national sur ce pôle d’entraînement de haut niveau aux portes de Rennes.
La pratique des sports de pagaie ne date pas d’hier. En 1962 naît la ligue de l’Ouest et compte alors cinq clubs de canoë-kayak (dont un Mayennais) pour 115 licenciés. Cette ligue est l’ancêtre du comité régional Bretagne de canoë-kayak.
« Depuis les années 70-80, une équipe de dirigeants et de cadres techniques ont vraiment participé au développement d’un maillage de clubs. Toutes les communes avec un cours d’eau et des professeurs d’EPS motivés ont essayé de développer des clubs », explique Nicolas Laly, directeur du Pôle de Cesson.
Le sport d’hiver breton
En plus des Prigent, des Castryck, des Huneau… Un nom revient parmi les bâtisseurs de la discipline en Bretagne : René Trégaro. Fondateur du club de Saint-Grégoire (orienté course en ligne), il a développé les sports de pagaie en Bretagne.
Il sera conseiller technique régional de la discipline pendant trente ans. De moins de dix clubs de kayak en Bretagne, la Bretagne en comptait plus de 70 à sa retraite. « Après les JO de Tokyo en 1964 et une médaille d’argent de Boudehen et Chapuis en course en ligne, le ministère de la Jeunesse et des Sports a souhaité développer la pratique en France. La Bretagne a été particulièrement bien lotie avec un cadre mis à disposition dans trois centres d’activité physique et sportif ouvert à Pontivy, Dinan et Mayenne », raconte René Trégaro.
« Le canoë-kayak, sport d’hiver en Bretagne », René Trégaro, fondateur du club de Saint-Grégoire (35)
D’être éloigné des eaux vives montagneuses n’a définitivement pas été un problème pour le développement de la pratique. Au contraire. « Chez nous, l’hiver il ne fait pas très froid. Donc on peut continuer à ramer. Dans les années 80, on avait même fait des autocollants pour les voitures « Le canoë-kayak, sport d’hiver en Bretagne »», en rit encore le kayakiste.
Le nombre croissant de licenciés a poussé des maires bretons à construire des stades d’eaux vives artificiels comme à Lannion (Côtes-d’Armor), à Lochrist (Finistère) ou à Cesson-Sévigné (Ille-et-Vilaine). « Cela n’a pas été une mince affaire mais cela a permis le développement de la pratique, puis la création de pôle espoir ».
« Un beau remerciement pour tout ce qu’ils ont donné »
L’accompagnement humain est aussi mis en avant. « Les trois athlètes bretons sélectionnés son tous issus du même fonctionnement avec des clubs et des cadres qui les accompagnent sans brûler les étapes. Quand les cadres et les bénévoles sont convaincus, les athlètes aussi », est persuadé Gwenaël Marquer, entraîneur national.
« On ne s’en rend même pas trop compte sur le coup, mais c’est après qu’on se dit que les gens qui nous ont accompagnés depuis tout petit, doivent voir nos sélections comme un beau remerciement pour tout ce qu’ils ont donné », analyse Camille Prigent, sélectionné en kayak slalom et kayak-cross.
« Il y a une vraie fibre associative en Bretagne. Le nombre de bassins où il y a des portes de slalom, ça fait halluciner les autres pays ! Ils vont au Lié, à Concarneau, à Pont-Aven, à Quimperlé, à Rennes, Cesson… À chaque coin de rivière, il y a des portes et c’est parce qu’il y a cette fibre associative avec des gens qui s’engagent et donnent pour les autres », confirme Nicolas Gestin, le sélectionné olympique en canoë.
« Ne parlez pas de « mafia bretonne »
Des infrastructures qui permettent aux athlètes de trouver leur équilibre comme le confie le sélectionné olympique Titouan Castryck, licencié au club des Poissons-Volants. « Les Alpes et Pyrénées ont de meilleures rivières mais à Rennes on a tout. On peut à la fois étudier tout en s’entraînant au Pôle espoir et avoir une bonne qualité de vie. À Vaires-sur-Marne ou à Pau, on ne retrouve pas ces trois paramètres réunis au même endroit. »
Les Bretons ne sont pas que sur l’eau mais aussi dans les instances fédérales. Le Président de la FFCK Jean Zoungrana est Costarmoricain, le DTN est Finistérien. Plusieurs entraîneurs nationaux sont aussi issus du même berceau. Mais n’allez pas parler de « mafia bretonne » au DTN Ludovic Royé. « Ça ne me fait pas beaucoup rigoler quand on l’entend. Il n’y a pas de mafia bretonne mais une diaspora car il y a une vraie culture canoë-kayak en Bretagne, avec un tissu associatif breton riche », défend-il.
Selon René Tregaro, depuis les JO de Barcelone en 1992 et la médaille de bronze du Morbihannais Olivier Poivin, le canoë ou le kayak a toujours ramené une médaille des JO. Depuis que le canoë-kayak est inscrit au programme des Jeux, les athlètes ont rapporté 35 médailles à la France : 17 en course en ligne et 18 en slalom d’après les calculs de canoë-kayak magazine. Aux Bretons de l’édition 2024 de compléter le tableau des médailles.